Nous partons ce matin vers Corte situé en plein coeur de la Corse. Mais auparavant, nous traversons le Cap Corse par le col de Santa Lucia pour explorer un tronçon du cap que nous n'avions pas encore fait (Pino, Canari, Nonza et Patrimonio).
Nous faisons monter nos pulsations cardiaques dans le plafond en empruntant la départementale qui longe la côte et l'abîme sans garde-fou. Plusieurs conducteurs semblent très en contrôle... le bras sorti, bien accôté sur le bord de la fenêtre, une seule main sur le volant, ils filent... en plein milieu de la route jusqu'à la rencontre avec un autre véhicule. Et là, il faut trouver une façon de passer, garder son calme et respirer une fois la manoeuvre terminée seulement... Il y a plusieurs manières d'évacuer le stress, chez Hugues, le bourgeonnement de la lèvre inférieure communément appelé feux sauvage est usuelle. C'est pourquoi il nous faut des anti-viraux en tout temps si l'on veut éviter le bourgeonnement sauvage du feux... chez moi, l'expression "garder les fesses serrées" serait très appropriée.

Mais nous sommes récompensés de nos efforts par des paysages magnifiques que vous avez déjà pu voir dans la parution du blogue intitulée "La mer". Nous faisons ensuite une petite incursion dans le Nebbio avant de bifurquer à l'est par le défilé de Lancone et revenir vers l'ouest en direction de Corte. Nous arrivons au camping Alivetu en fin d'après-midi et une petite trempette dans la Restonica nous lave le cerveau et le corps des images terrifiantes de la conduite automobile en Corse. Notre toile repose sur un lit de noyaux d'olives, ce n'est pas le petit pois de la princesse et cela ne nous empêchera pas de dormir, on doit avoir la couenne dure...
01 juillet
Pendant que vous fêtez le Jour du Canada entre amis... nous débutons notre sentier dans la vallée où circule la rivière pour atteindre en destination finale le lac Melo qui est la source de la rivière Restonica. Pour y arriver à partir du camping, nous devons rouler en voiture pendant 14 kilomètres et selon Hugues, c'est l'aventure la plus traumatisante de sa vie... pas un très bon coeur me direz vous... Hugues devrait commencer à s'habituer... Alors, je vous explique; premièrement, cette route est la plus étroite que nous ayons emprunté jusqu'à maintenant, deuxièmement, un très mauvais "timing" c'est-à-dire que nous sommes là en même temps que plusieurs dizaines de personnes... qui sont là pour voir ou encourager les coureurs d'une course de fond (je vous en reparle dans quelques instants). Ces deux planètes en conjonction... en font une expérience plus éprouvante encore... quatorze kilomètres qui en ont semblé mille et qui nous ont laissés quasi épuisés avant même de commencer l'excursion... Nous n'avions pas de sac en papier dans lequel souffler pour rétablir notre hyperventilation mais n'écoutant que notre courage... et comme nous avions du coeur au ventre... nous commençons la montée. Cela nous prendra deux heures à marcher dans la caillasse sous un soleil de plomb.


Et tout en haut, imaginez notre plaisir de pouvoir plonger dans le lac Melo. Cela ne vous surprendra peut-être pas de savoir que nous avons été les seuls à nager dans l'onde...


Maintenant, je veux vous parler de coeur au ventre (je garde le thème du coeur, pas mal n'est-ce pas?) et pour cela, parlons donc de cette fameuse compétition: 70 kilomètres en courant ... dans les gorges du Tavignano en passant par les gorges de la Restonica ... c'est déjà complètement fou sur un terrain plat, alors imaginez en haute montagne. Je leur lève mon chapeau, je m'incline bien bas, environ 200 coureurs au départ, une centaine à l'arrivée, des gars et des filles, jeunes et vieux avec du coeur au ventre et des couilles de fer. Incroyable... de plus, la compétition s'est déroulé avec le flot usuel des "randonneurs du dimanche" qui eux grimpaient les mêmes sentiers plus ou moins allégrement. Nous deux, et tous les autres marcheurs-badauds devions nous écarter pour que les coureurs puissent passer sans qu'ils ne perdent de temps... impossible d'imaginer cela chez nous, car les organisateurs auraient fermé le site à la "populace". Cette compétition est extrêmement populaire en Corse et c'était impressionnant de voir l'organisation dans ce trou perdu; les bergeries transformées en bar,

les supporteurs dissiminés tout au long du parcours, les points de ravitaillement, les masseurs, les soigneurs. La fin de la course aboutissait dans le coeur de Corte, les coureurs arrivaient sous les banderolles accompagnés des cris et des ovations de toute la population de la ville. En soirée, c'était la fête, tout le monde était au rendez-vous place Paoli pour acclamer les coureurs du premier au dernier car quel exploit que cette course... comme dirait Obelix, ils sont fous ces Corses...
02 juillet
Hier nous avons fait notre dernière randonnée, cela ne veut pas dire que nous ne marcherons plus car bien évidemment comment pourrait-on voyager sans marcher... mais fini les excursions en pleine nature.
Donc, aujourd'hui, nous visiterons la citadelle érigée en plein coeur de Corte sur un piton rocheux.



Corte est fondée en 1419 en tant que place forte sous les directives du roi d'Aragon pour reconquérir l'île alors sous le joug des Génois mais la citadelle, en tant qu'enceinte bastionnée s'est construite entre 1769 et 1778. Le premier et unique gouvernement de la Nation corse de 1755 à 1769 s'y est installé et Pascal Paoli y a crée une université en 1765 (qui a fermé 4 ans plus tard mais qui a été rouverte en 1981).
Corte est la gardienne des traditions et du savoir Corse, plus Corse que Corse, la ville en est comme le coeur... un coeur palpitant et fort qui amène le sang dans toutes les cellules-régions de l'île.
Nous découvrons dans le musée toutes les facettes d'un peuple qui a su résister aux assauts de multiples envahisseurs et conserver leur identité, identité dont ils sont très fiers. C'est un peu la raison qui explique pourquoi les Corses aiment tant les québecquois car ils s'associent à notre quête d'identité. Ils reconnaissent notre accent facilement et leur accueil est chaleureux, eux qui sont considérés comme plutôt taciturnes.



Nous aurions pu passer plusieurs jours à explorer les environs, car plusieurs excursions ont comme point de départ Corte, mais le temps commence à nous manquer, nos corps commencent à rechigner, le thermomètre est figé à 30-32 degrés et surtout, les batteries de la caméra de Hugues sont presque toutes à plat, il ne lui reste qu'une heure d'autonomie... (difficile à recharger sans chargeur... trop de poids dans les sacs à dos).
Nous partons donc le lendemain matin pour nous rendre à Ajaccio par le chemin des écoliers, i.e. en passant par Porto.
03 juillet
Après avoir défait le campement, nous montons légèrement au nord par la D18 puis nous tournons à gauche sur la départementale D84 qui serpente à travers la Scala di Santa Regina. Nous avons tout du long une vue imprenable sur le massif du Monte Cinto (2700 mètres). On est dans le coeur de la montagne, en plein dans le roc car la route se déploie entre les parois vertigineuses... à certains endroits, on a peur d'accrocher ou de tomber dans le vide. Alors que nous étions arrêtés pour prendre quelques clichés, nous entendons un klaxon tonitruant, quelques voitures arrivent sur nous en marche arrière et essaient de trouver où stationner afin de laisser passer... un énorme camion (une "van" en bon québecquois) et miraculeusement, ça passe...
Incroyable mais vrai... nous étions évidemment très contents d'être déjà arrêtés et d'être de simples spectateurs de ces manoeuvres éprouvantes. Vraiment, nous serons contents de rouler sur l'autoroute 20 à notre retour.
Nous avons émis plusieurs Ho et Ha durant notre traversée de ce paysage minéral et il était souvent impossible de prendre des photographies, nous garderons toutes ces images bien imprimées dans notre tiroir à souvenir intitulé "montagne". Je vous partage quelques images:




La route nous a aussi fait traverser deux belles forêts territoriales (celle du Valdu-Niellu et celle d'Aitone), de belles forêts de pins qui ont été jusqu'à maintenant épargnées par les feux qui dévastent régulièrement le pays durant l'été. Une halte nous permet de nous restaurer mais aussi d'assister à une scène typique mais quand même incongrue. Je vous laisse en juger par cette photo

Nos belles amies les vaches se promènent en toute liberté sur l'île. Nous en avons rencontré partout ainsi que leurs bouses... elles sont très calmes et curieuses et ma foi, assez habiles car elles grimpent dans la caillasse comme nous.
Nous avons aussi eu le plaisir de découvrir un site superbe pour des chasseurs d'images à l'imagination fertile, à vous de voir ce qui a pu nous allumer autant...




Vers le milieu de l'après-midi, nous arrivons à Porto mais nous n'arrêtons pas car nous voulons passer plus de temps au village de Piana et ses fameuses calanques, calanche en corse. Classé dans les sites du patrimoine mondial de l'Unesco, ces formations géologiques s'associent dans l'imaginaire de l'observateur à toutes sortes de formes étranges: gargouilles, silhouettes humaines, monstres, tours imprenables... un monde fantastique figé, pétrifié, qui subit tranquillement les assauts de milliers de touristes chaque année. Nous étions d'ailleurs en plein dans un "boom" car nous avons vu des autocars déverser leurs centaines de passagers tous armés de leurs appareils photos ou leurs caméras vidéo au seul et unique restaurant de la place. Ceux qui nous connaissent savent très bien que nous ne sommes vraiment pas amoureux des foules et je suppose qu'un léger sourire s'épanouira sur leur visage... ils auraient bien raison de se moquer de nous car, pour nous, la magie du lieu s'est estompée presqu'immédiatement. Je vous montre quand même quelques images que nous avons capté avant notre départ précipité.



Nous aurions dû visiter ce village au tout début de notre voyage en mai ou encore aux petites heures du matin... car nous ne sommes pas seuls au monde...
Nous partons donc vers Ajaccio en suivant la D81 et la côte qui est maintenant beaucoup moins spectaculaire, plus reposante pour le conducteur. Moins de risques de crises cardiaques même si le paysage est toujours très beau. Nous ne ferons que quelques arrêts lorsque la lumière nous captivera. Nous aurions voulu arrêter à Cargèse où on retrouve une communauté grecque et peut-être même nous pieuter dans une belle chambre d'hôtes mais nous sommes vraiment trop tard dans la saison pour ce comportement impulsif. Nous arrivons au camping "Les mimosas" d'Ajaccio en fin de journée après avoir trempé dans le traffic de l'heure de pointe... Nous plantons notre tente sur un minuscule terrain au milieu des roulottes et de quelques tentes accompagnés de la mélopée des tourterelles tristes... Je ne sais pas pourquoi ces tourterelles sont toujours tristes, j'aurais bien aimé entendre un air plus joyeux de temps à autre, mais elles doivent suivre leur nature je suppose...
Il ne nous reste que quelques jours avant notre départ, nous téléphonons à notre amie Monique où sont entreposés nos surplus de bagages mais elle est à Conca et ne reviendra en ville que le lendemain. Nous nous couchons donc assez tôt et durant la nuit, je me réveille en pensant assister à un feu d'artifice... j'ai l'impression d'être au moment crucial quand les pétards explosent de partout dans une apocalypse de lumières... En réalité, il pleut... notre première pluie sous la tente et les trombes d'eau nous tombent dessus en puissance. Étendus dans nos sacs de couchage nous prions pour que notre tente tienne, quelques heures plus tard, nous sommes encore au sec. C'est une victoire pour notre abri, nous lui décernerons un trophée "Calder" pour le joueur le plus utile à son équipe...
06 juillet
Nous partons tôt du port d'Ajaccio pour notre croisière, Hugues a pu faire la recharge de ses batteries et nous sommes fin prêts pour la réserve de Scandola et les calanques de Piana. Nous passons la journée sur la passerelle au grand vent à nous émerveiller de ce que nous voyons mais c'est plutôt difficile de faire des images... Le bateau est rempli à pleine capacité, il tangue car la mer est assez mouvementée et nous nous faisons arroser copieusement par moments. Le capitaine est très habile car il fait des manoeuvres impressionnantes pour permettre aux passagers de mieux voir (les parois rocheuses, le courant, les vagues ne lui rendent pas la tâche facile). Un des marins de l'équipage commente tout du long et nous fait remarquer toutes sortes de détails intéressants, il connaît très bien le parcours (je vous donne quelques informations prises grâce à internet sur les sites que nous avons vus durant la journée).
Commençons par la réserve de Scandola:
La Réserve se situe au coeur de la façade maritime du Parc naturel régional de Corse, s'étendant sur 80 kilomètres, de la presqu'île de Capo Rosso (commune de Piana) jusqu'à la limite nord de la commune de Galéria. C'est à l'initiative du Parc Naturel Régional de Corse que la Réserve fut officiellement créée par décret ministériel, le 9 décembre 1975, ce qui en fait la doyenne des réserves naturelles de l'île de Beauté.
En outre, Scandola fut la première réserve de France dont la vocation était la préservation du patrimoine naturel à la fois terrestre et marin.
Depuis 1982, elle appartient au Réseau des aires marines et côtières spécialement protégées de la Méditerranée.
Nous faisons la pause du midi au hameau de Girolata:
Il y a peu, Girolata n’avait ni électricité ni téléphone. Le facteur était l'unique lien avec le pays. Aujourd'hui encore, aucune route n'arrive jusqu'à ce village de pêcheurs. Ici, l'île a gardé sa saveur sauvage. Le vert du maquis se mêle au bleu de l'eau. La seule ombre à ce tableau idyllique et qui rend la baignade déplaisante, est le manque de savoir-vivre de plusieurs des bateaux qui y font escale en rejetant leurs déjections directement dans l'eau. Heureusement, notre guide nous en avise et ceux qui décident de se baigner le font en connaissance de cause...
Nous voilà repartis pour les calanques de Piana, et comme nous avons manqué notre coup par voie de terre, nous espérons nous rattraper par voie de mer... Le coup d'oeil est très différent mais c'est très beau, avec ses parois de granit rouge déchiquetées et sculptés par l'érosion qui tombent à pic dans la mer 300 mètres plus bas. La légende raconte que c'est le Diable qui a créé les calanques pour punir une bergère qui se refusait à lui. Changée en statue, elle est à jamais prisonnière de cette ville fantastique peuplée de créatures de pierre.
Nous finissons la croisière par les îles sanguinaires près d'Ajaccio:
Le nom « Sanguinaires », donné à ces îlots, a plusieurs origines ; soit dû à la lumière pourpre qui ensanglante les roches, juste avant le coucher du soleil sur la mer, d'autres hypothèses font référence au golfe de Sagone. Des cartes géographiques anciennes font mention des îles « Sagonnaires » (isule sagunarie) nommées par l'évêché de Sagone. Plus tard, des établissements de fortune accueillirent des pêcheurs de corail surnommés i sanguinari (les gens au sang noir), revenant d'Afrique et purgeant leur quarantaine. Mais une autre hypothèse semble l'emporter. Sur une carte datée de 1595, l'archipel est nommé "Sagonares insulae" soit "les îles qui annoncent Sagone". Caractéristiques par leur aspect austère et hostile, les quatre îlots sont un site maritime classé, havre de paix pour des espèces d'oiseaux marins ainsi qu'une réserve naturelle pour une flore riche d'espèces rares et endémiques.
C'est vers 19 hres que nous accostons au port d'Ajaccio, la journée a été bien remplie, nous sommes un peu assomés par l'excès de soleil et de vent. Voici quelques images:









La croisière pour Bonifacio prévue pour le lendemain se fera lors d'un autre voyage car nous devons préparer nos bagages pour notre départ le 08 juillet. Ce n'est que partie remise car nous aurons bien de la difficulté à ne pas retourner en Corse... que cela soit pour relever le défi du GR20 dans son intégralité, ou encore pour revoir nos nouveaux amis.
Cette parution sera la dernière, nous sommes de retour depuis le 18 juillet, l'expérience du blogue a été agréable pour moi malgré les difficultés des communications... nous sommes encore loin du village global que la venue d'internet faisait miroiter mais un jour viendra en espérant que cela soit bientôt.
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Location:Corte




















